Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /2008 10:24

Le sonneur des loups

 

   Il y a une bien longtemps, les sonneurs de musette et de vielle était encore sorciers dans la vallée noire ( coin du Berry).  Ils ont perdu cette mauvaise réputation ; mais on raconte encore l’histoire d’un maître sonneur qui avait tant de talent  et menait une conduite si chrétienne, que le curé de sa paroisse le faisait jouer à la grande-messe durant l’élévation. Il jouait des airs d’église, ce qui entrait bien dans l’éducation musicale des ménétriers de ce temps- là, mais ce qui leur était rarement permis par les curés, à cause de leur pratiques secrètes, qui n’étaient pas , disait-on, le plus catholique du monde.

  Le grand julien de Saint-Aôut, avait donc ce privilège d’exception, et quand il sonnait à la messe, c’était merveille de l’ouïr, et la paroisse se faisait honneur de lui .

   Une nuit, comme il revenait de jouer, trois jours durant à une noce de campagne, il rencontra, dans la brande, une musette qui jouait toute seule ; d’autres disent que c’était le vent qui jouait.

    Etonné de voir cette musette toute reluisante d’argent, qui venait à lui sans qu’aucune personne la fit aller, il s’arrêta et eut peur. La musette passa à coté de lui  comme si elle ne le voyait pas, et continua de sonner  d’une si belle manière, que jamais julien  n’avait rien entendu de pareil, et qu’il se  sentit, du coup, affolé de jalousie .

    Voilà donc  qu’au lieu de passer, comme un homme raisonnable, il se retourne et suit cette cornemuse  pour l’écouter et pour tâcher de retenir l’air qu’elle disait et qu’il était dépité de ne pas savoir .

    I la suivit d’abord d’un peu loin , et puis d’un peu plus prés, et puis, enfin, il s’enhardit jusqu’à sauter dessus et vouloir la prendre ; car de voir un si beau et si bon instrument sans maître, il y avait de quoi tenter un homme qui faisait son métier de musiquer.

  Mais la cornemuse monta en l’air et continua de jouer, sans grand souci et même en grand chagrin . et, quand on lui demanda ; les jours d’après, pourquoi il paraissait en peine et malade , il répondait :

_ « l’air de la nuit sonne mieux que moi ; ce n’était pas la peine d’apprendre !»

   on ne sut pas point ce qu’il voulait dire, mais on l’entendait étudier une musique  nouvelle qui ne ressemblait en rien à celle des autres ni à celle qu’il avait jouée jusque- là ; et, la nuit , il s’en allait tout seul emmy  la brande , et revenait au petit jour, bien fatigué, mais jouant de mieux en mieux un air qui paraissait très étrange et que personne ne pouvait comprendre.

  Ceci fut rapporté au curé qui le fit venir et lui dit :

_ « Julien, je sais que le diable est enragé de poursuivre et de tenter les gens de ton état ; on me dit que tu vas seul , la nuit, dans les endroits ou tu n’as pas besoin, et que tu parais tourmenté . fais attention à toi Julien ; si tu commences mal, tu finiras mal ! »

   Julien donna des marques de repentance, et promis de se tenir en paix.

_ « tu feras bien, lui dit le curé. Contente-toi de ce que tu sais, et vise point à la science qui mène les loups aux champs.

    C’était un samedi. Le lendemain était grande fête, il y  avait une grande-messe carillonnée, et julien promit de jouer comme il avait coutume.

    Cependant, le matin, le sacristain vint dire au curé qu’il avait rencontré Julien dans la brande, jouant d’une manière qui n’était pas chrétienne, et menant derrière lui plus de trois cents loups qui s’étaient sauvé à son approche.

    Le curé fit venir Julien et le questionna. Julien leva les épaules en disant que le sacristain avait bu.

    Et, comme de vrai, le sacristain était porté sur la boisson, son dire ne donna pas grand-crainte  à M. le curé, qui commença à dire et chanter la messe.

    Quand ce fut l’élévation, julien commença aussi de jouer sa chanson d’église ; mais, encore qu’il eût bonne intention de la dire comme il faut, il ne put jamais tomber dans l’air, et ce qu’il joua ne fut autre chose que la chanson du diable que le vent  lui avait apprise.

    La chose dérangea M ; le curé qui , par trois fois, avant de consacré l’hostie, s’agita et frappa du pied pour faire taire cette mauvaise complainte ; mais enfin, songeant que dieu se ferait bien respecter lui-même, il éleva l’hostie et dit les paroles de la consécration.

  Au même moment , la musette à julien se creva dans ses mains, avec un bruit comme si l’âme du diable en fût sortie, et il en reçut un si bon coup dans l’estomac qu’il tomba tout apiâmi(tout pâmé) sur le pavé de l’église.

   On l’emporta dans son logis, ou il fit une grosse maladie. Mais il sentira par la grâce de dieu et la parole M. le curé, qui le fit renoncer à ses mauvaise pratiques, et à qui il confessa avoir joué pour les loups de la brandes ; depuis lors il joua chrétiennement et laissa les loups se promener tout seuls ou en la compagnie des autres sonneurs damnés.

  

extrait "contes populaires et légendes du Berry et de la Sologne"

Par MaZhE - Publié dans : contes populaires centre - Communauté : Nos contes préférés
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  • : j'apprend tout le temps j'aime decouvrir des cultures differentes grace aux histoire , aux contes et aux legendes j'aspire devenir un jour conteur . je suis animateur et les contes me servent enormement avec les enfants.

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